Je suis angoissée, oppressée, méfiante. Mais il ne faut pas que je regrette, jamais. Le train poursuit son long voyage, doucement et presque sans bruit. Je replonge de nouveau dans mes songes, la tête sur la poitrine et les mains sur mes bras...
Elle est encore là, seule et me regarde. Elle ne sourit pas, elle baisse les yeux et cours vers moi. Elle me prend la main et comme attirée par ses yeux d'un bleu presque blanc, glacial. Je la suis ; devant nous, un ravin dont on ne voit pas le fond. D'un geste de la main, elle me dit de sauter, ses yeux sont deux diamants brillants dans l'obscurité. Mais je l'écoute, comme hypnotisée. Je m'approche, doucement, je tend mon pied au dessus du vide et...
Un coup de frein nous arrête brutalement. Encore une fois, je suis déboussolée. Nous somme arrivés à destination. Deux hommes m'aident à remonter sur mon fauteuil. Je me demande si je l'aurai fait, si j'aurai sauté. Je descend, encore aidée. Finalement, je ne suis pas si autonome que ça. Je doute, mais je ne perds pas courage. Je roule, je roule jusqu'à la sortie. Je ne parle pas un mot allemand, espérons qu'ils parlent anglais en Allemagne ! Je m'approche d'un guichet, et je cherche un train partant pour Dillingen. Par miracle, il en reste un qui part dans trente minutes, je demande un billet en Anglais, le vendeur me comprends et me vend donc un aller simple pour Dillingen. J'approche de mon but. Je me met à côté d'un siège, et j'attends. La fatigue me gagne encore mais il ne faut pas rater mon train. Surtout pas...
Il arrive après ce qui m'a paru être un éternité. Je monte, je m'installe, j'attends, je dors, je rêve, je me réveille, je sors. Il fait très froid, un vent glacial vient me fouetter le visage. Pour une nuit d'été, c'est étrange. Je ne sais même pas qu'elle heure il est, très tard. Il y a encore quelques voitures, et une bande de jeunes. Je m'avance prudemment, ils me regardent l'air intrigués puis une jeune fille s'approche. Elle me dit quelque chose en Allemand et je lui dit que je ne parle pas cette langue mais que je parle Anglais. Puis je lui montre le papier sur lequel est inscrit l'adresse de Fabian Halbig. Elle me regarde surprise puis me dit que c'est tout près d'ici, que je dois prendre une rue, tourner à gauche puis encore à gauche et j'y arriverai. Je la remercie et je roule aussi vite que possible. Je suis vite devant le perron d'une grande maison bleue, brillant dans l'obscurité. Elle me rappelle les yeux de cette ange.
Tout est noir autour de moi, cette ville est froide. Je n'ose même pas sonner à la porte, j'ai trop honte. J'entends beaucoup de bruit, surement de la musique, ils doivent faire une fête à l'intérieur. Des rires se font entendre dans toute la rue alors que moi je suis là seule, glacée et mon c½ur lui s'est éteint dès que j'ai aperçu cette demeure.
Mais, après avoir regardé cette façade plus attentivement j'aperçois une ombre, deux yeux me regardants à travers une fenêtre. Il l'ouvre et me regarde, je tends ma main. Il s'en va pour sortir dans la rue quelques secondes plus tard.
Il me parle doucement :
- Li...Lily
- Je suis désolé Fabi, vraiment. Une toute petite larme coule sur ma joue. Il l'a vu.
- Ne t'inquiètes pas, je...Tu dois partir. Je le regarde l'ai appeurée.
- Fa...
- Désolé Lily, je ne peux pas.
- Pourquoi, dis moi pourquoi tu me l'a donné.
- De quoi ?
- Ton adresse. J'ai du mal à articuler.
- Ça me fais peur tout ça, ton fauteuil, ta maladie. J'ai peur pour toi et je ne sais pas si pourrait le supporter.
- Tu es...Va-t-en !
- Je...
- Va-t-en... Je lui chuchote ces derniers mots.
Il rentre me laissant seule, en jetant un dernier regard suppliant. Je suis abasourdie. Je croyais qu'il aurait bien voulu m'aider, mais non, comme tout le monde il part. Je pleure, toutes les larmes de mon corps, je n'en peux plus, je suis fatigué. Fatigué de vivre, de tout ce poids à porter sur mes épaules fragiles. Ce soir je le ferais, j'ai revu Fabian une dernière fois comme je me l'étais dis. Je roule doucement, m'imprégnant du moindre détails, du moindre bruit, de la moindre odeur. J'arrive devant un pont, très grand. Les eaux tumultueuses s'agitent et tourbillonnent, c'est un soir où il n'y a pas un chat, où un silence de mort pèse, c'est un soir pour mourir...
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